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O Diário
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Le journal
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Tinha um diário aonde ia escrevendo,
Dia a dia, a agonia dos meus dias: Era um romance tremendo, Dilacerado de piedade e de ironias. Todas as noites escrevia nele Quando voltava lá de baixo, lá do mundo, Enquanto, na parede, um Cristo imbele Caía moribundo. Um brandão quase verde dava luz... Parecia que alguém ia morrer. E eu, realmente, em frente da agonia de Jesus, Agonizava horas e horas, a escrever. Tudo que a gente sente, ou pensa, e não confessa, Tudo que só na escuridão a gente sonha, O escrevia, com suor frio na cabeça, E lágrimas no rosto incendiado de vergonha! Assim eu descobrira o meio de exercer, Continuando entre vós, sem me desmascarar, Todas as faculdades do meu ser: Infâmias e virtudes que não ouso revelar... E, quando, enfim, me abandonava, exangue, Sobre o meu leito, a olhar o Cristo moribundo, Gozava sonhos de oiro com relâmpagos de sangue E em que descia em mim até ao fundo. Era assim que sabia possuir Toda a minha Grandeza e toda a minha Corrupção. Mentia-vos depois? Ah! o gosto de mentir Com a verdade na mão! Ora um dia (era um dia extraordinário), Procurando escrever como nos outros dias, Nada pude escrever, e pus-me a ler o meu diário: Cheguei ao fim, tinha as mãos lívidas e frias! Que o meu olhar, agora cristalino, Vira que, nessas páginas, tudo era mentiroso: Porque tudo o que em mim é só abjecto ou pequenino, Lá surgia dramático, e, por isso, grandioso. Sim, todos esses crimes e heroísmos só sonhados, Todo esse mundo íntimo − era meu! Mas o vulto que unia esses bocados, Esse, ó poder do Artista! era maior do que eu. E eu vi como não era a posse da Verdade, Nem a libertação de quem se expande, O que pedia ao meu diário... mas vaidade De até no aviltamento me ver grande! Ergui, então, o meu diário à luz verde-amarela... Por um momento só, no quarto houve mais luz... E todo o resto dessa noite horrenda e bela Chorei, torcendo as mãos em frente de Jesus. |
J'avais un journal où j'écrivais,
Jour après jour, l'agonie de mes jours : C'était un roman formidable, De pitié labouré, et d'ironies. J'en écrivais des pages toutes les nuits Lorsque là-bas, du monde, je revenais Tandis que, sur le mur, un Christ pacifique Tombait en mourant. Un brandon presque vert donnait une lueur... On aurait dit qu'une personne allait mourir. Et moi, en vérité, devant l'agonie de Jésus, J'agonisais d'heure en heure, à force d'écrire. Tout ce que l'on ressent ou pense sans pouvoir l'avouer, Tout ce que, seul dans l'obscurité, nous rêvons, Nous l'avons écrit, avec en tête des sueurs froides, Et des larmes sur notre visage brûlant de honte ! J'ai découvert ainsi le moyen d'exercer, En restant parmi vous, sans me démasquer, Toutes les facultés de mon être : Infamies et vertus que je n'ose révéler... Et lorsqu'enfin, je m'abandonnais exsangue Sur mon lit, regardant le Christ mourant, J'eus la jouissance de rêves dorés et d'éclairs de sang et je descendis en moi jusqu'au plus profond. C'est ainsi que je pris possession De toute ma Grandeur et de toute ma Corruption. Ai-je menti plus tard ? Ah ! Ce besoin de mentir Avec la vérité en main ! Puis un jour (ce fut un jour extraordinaire), Essayant d'écrire comme les autres jours, Mais ne pouvant rien écrire, j'ai relu mon journal : En arrivant au bout, pâles et froides étaient mes mains ! Tout ce que mes yeux, désormais limpides, Ont vu dans ces pages, n'était que mensonge : Car tout ce qui en moi n’est qu’abjection ou petitesse Y paraissait dramatique, et donc grandiloquent. Oui, tous ces héroïsmes et ces crimes dont je rêvais, tout ce monde intime – était mien ! Mais la figure qui unissait ces pièces, celle-là, ô pouvoir de l'Artiste ! était meilleure que moi. Et j'ai vu que ce n'était, ni la possession de la Vérité, Ni la libération de celui qui s'épanche, Que je demandais à mon journal... mais la vanité de me voir grandi par mon propre avilissement ! Alors j'ai brandi mon journal devant la lueur verdâtre... Pendant un long moment, la pièce fut sans lumière... Et tout le reste de cette horrible et belle nuit, j’ai pleuré, me tordant les mains devant Jésus. |
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Jean-Louis-Ernest Meissonier Jeune homme écrivant (1852) |
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