Fio da vida


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Fio da vida
Le fil de la vie


Já fiz mais do que podia
Nem sei como foi que fiz.
Muita vez nem quis a vida
a vida foi quem me quis.

Para me ter como servo?
Para acender um tição
na frágua da indiferença?
Para abrir um coração

no fosso da inteligência?
Não sei, nunca vou saber.
Sei que de tanto me ter,
acabei amando a vida.

Vida que anda por um fio,
diz quem sabe. Pode andar,
contanto (vida é milagre)
que bem cumprido o meu fio.

J'ai déjà fait plus que mon possible.
sans savoir comment j'ai fait.
Je n'ai pas voulu souvent la vie,
car c'est la vie qui m'a voulu.

Pour m'avoir comme serviteur ?
Pour allumer un tison
à la forge « indifférence » ?
Pour ouvrir un cœur

à la fosse « intelligence » ?
Je ne sais, jamais je ne saurai .
Mais je sais qu'à me vouloir
autant, j'ai fini par aimer la vie.

La vie ne tient qu'à un fil, disent
ceux qui savent. Elle peut durer
longtemps (la vie est un miracle)
pourvu que le fil soit bien suivi.

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John Melhuish Strudwick
Un fil d'or (environ 1630)
...

Dança


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Dança
Danse


Arabesco de aguarela
Curva ondulação
Música transfigurando-se
Em gesto ou cisne
Música esvoaçante
Polinizando o corpo
O corpo responde
Brota alígero no espaço
A música torna-se o corpo
O corpo espaço
O espaço música

Arabesque d'aquarelle
À la souple ondulation
Musique se transfigurant
En geste ou en cygne
Musique voltigeant
Qui pollinise le corps
Et le corps y répond
Jaillissant ailé dans l'espace
La musique devient corps
Le corps espace
L'espace musique

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Edgar Degas
L'Etoile (1878)
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É nos porões


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É nos porões
C'est dans les caves


Faço o poema com a mesma
ciência e delicadeza
com que, mãos adolescentes,
e a imaginação nas nuvens,
fazia o meu papagaio.
Sempre trabalhei sozinho
no alto porão do sobrado,
onde as talas repousavam.
Para urdir a luz do poema,
preciso ir aos meus porões
onde as palavras me esperam.

Je fais mon poème avec le même
savoir et la même délicatesse
que, par des mains adolescentes,
et l'imagination dans les nuages,
je faisais mon cerf-volant.
J'ai toujours travaillé seul
sur le grand parquet de l'entre-sol,
où reposaient les vergues.
Pour tramer la lumière du poème,
il faut que j'aille dans mes caves
où m'attendent les mots.

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Djanira da Motta e Silva
Enfant et son cerf-volant (1950)
...

Ninguém me habita


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Ninguém me habita
Nul n'habite en moi


Ninguém me habita. A não ser
o milagre da matéria
que me faz capaz de amor,
e o mistério da memória
que urde o tempo em meus neurônios,
para que eu, vivendo agora,
possa me rever no outrora.

Ninguém me habita. Sozinho
resvalo pelos declives
onde me esperam, me chamam
(meu ser me diz se as atendo)
feiúras que me fascinam,
belezas que me endoidecem.

Nul n'habite en moi. Si ce n'est
le miracle de la matière
qui me rend capable d'amour,
et le mystère de la mémoire
qui tisse le temps dans mes neurones,
pour que moi, vivant tantôt,
je puisse me revoir jadis.

Nul n'habite en moi. Seul
je dérape sur les pentes
où m'attendent, m'appellent
(mon être me dit, si je les écoute)
des hideurs qui me fascinent,
des beautés qui m'affolent.

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René Magritte
Mémoire (1948)
...

Joan Miró


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Joan Miró
Joan Miró


O pássaro atravessa
silencioso a noite
e pousa nas asas da luz
para ouvir imóvel
o cântico das cores
de Joan Miró.

Cansada da larga
travessia noturna
a estrela se deita
no dorso do pássaro
e vem beber a luz
que escorre macia
da mão de Miró.

Um pássaro na cabeça,
a fronte esfogueada
de sal mediterrâneo,
a mulher morena
abre as mãos consteladas
e oferece ao vento
as espigas do canto
que nunca se cala
no sonho catalão
de Joan Miró.

Silencieux l'oiseau
traverse la nuit
et replie ses ailes
de lumière pour
immobile écouter
le chant des couleurs
de Joan Miró.

Fatiguée de sa longue
traversée nocturne
l'étoile se repose
sur le dos de l'oiseau
et vient boire la lumière
qui doucement s'écoule
de la main de Miró.

Un oiseau sur la tête,
le front buriné par un
sel méditerranéen,
brune la femme
ouvre ses mains constellées
pour offrir au vent
les semaisons d'une plainte
qui jamais ne s'arrête
dans le rêve catalan
de Joan Miró.

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Joan Miró
Femme et oiseau au clair de lune (1949)
...

Da eternidade venho...


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Da eternidade venho...
Je viens de l'éternité...


Da eternidade venho. Dela faço
parte, desde o começo da vida
dos que me fizeram ser
até chegar ao que sou.
Transporto com a minha vida
a eternidade do tempo.

Menino deslumbrado com as águas,
os ventos, as palmeiras, as estrelas,
prolonguei sem saber a eternidade
que neste instante navega
no meu sangue fatigado.

Je viens de l'éternité. Je fais partie
d'elle, dès le commencement de ma vie,
depuis ceux qui m'ont fait
être jusqu'au lieu où je suis.
J'emporte avec ma vie
l'éternité du temps.
Enfant ébloui par les eaux,
les vents, les palmes, les étoiles,
J'ai prorogé sans le savoir l'éternité
qui en cet instant traverse
mon sang fatigué.

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Giorgione
Les trois âges de l'homme (1500-1501)
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Eu sou o que sou...


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Eu sou o que sou...
Je suis ce que je suis...


Eu sou o que sou,
Como a pedra não tem avesso
O meu sangue não muda de direcção.
Não tenho força para uma última metamorfose.

Je suis ce que je suis,
Comme un caillou sans revers
Mon sang ne change pas de direction.
Je n'ai pas la force d'une dernière métamorphose.

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Fortunato Depero
Papillon Zig-Zag (1920)
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Arte de amar


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Arte de amar
Art d'aimer


Não faço poemas como quem chora,
nem faço versos como quem morre.
Quem teve esse gosto foi o bardo Bandeira
quando muito moço; achava que tinha
os dias contados pela tísica
e até se acanhava de namorar.
Faço poemas como quem faz amor.
É a mesma luta suave e desvairada
enquanto a rosa orvalhada
se vai entreabrindo devagar.
A gente nem se dá conta, até acha bom,
o imenso trabalho que amor dá para fazer.

Perdão, amor não se faz.
Quando muito, se desfaz.
Fazer amor é um dizer
(a metáfora é falaz)
de quem pretende vestir
com roupa austera a beleza
do corpo da primavera.
O verbo exato é foder.
A palavra fica nua
para todo mundo ver
o corpo amante cantando
a glória do seu poder.

Je n'écris pas des poèmes comme on pleure,
je n'écris pas des vers comme on vient à mourir.
Celui qui avait ce goût était le barde Bandeira
lorsque très jeune, il considérait que ses jours
étaient comptés, étant phtisique, au point
de craindre les rapports amoureux.
Je fais des poèmes comme on fait l'amour.
Et c'est le même combat, éperdu et suave :
tandis qu'elle se couvre de rosée,
la rose s'entr'ouvre avec lenteur.
Les gens n'imaginent pas, jusqu'à l'aimer,
l'immense travail que l'amour donne à faire.

Pardon, l'amour ne se fait pas.
Tout au plus, il se défait.
Faire l'amour est la façon de dire
(la métaphore est trompeuse)
de celui qui prétend habiller
de vêtements austères, la beauté
du corps printanier.
Le verbe rigoureux est foutre.
La parole reste nue
pour que le monde entier voit
le corps de l'amant chanter
l'honneur de son pouvoir.

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Pablo Picasso
L'étreinte (1970)
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A palavra desconfia


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A palavra desconfia
La parole méfiante


A palavra desconfia do poeta
como a mulher do homem.
Ambas se presumem atraiçoadas.
Inseguras, medrosas do destino
que lhes darão, do chão por onde as levam,
quando elas é que são as infiéis;
sabem ser tantas dentro de uma só.
Estrelada, a palavra se insinua,
me deslumbra, mas quando quero tê-la,
ela se esquiva, mal permite a pele
e inefável me espia impenetrável.

La parole se méfie du poète
comme la femme de l'homme.
L'une et l'autre se supposent trahies.
Insécurisées, effrayées par le sort
qu'on leur réserve, du lieu où on les mène,
alors que ce sont elles les infidèles ;
elles se savent nombreuses en une seule.
Rayonnante, la parole s'insinue,
m'éblouit, mais lorsque je veux la toucher,
elle s'esquive, à peine permet-elle la peau
et, ineffable m'épie impénétrable.

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John William Waterhouse
Apollon et Daphnée (1908)
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A janela encantada


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A janela encantada
La fenêtre enchantée


A vida sempre foi boa comigo.
Quando soube que o meu coração
estava carregado de sombras
e que ele só se alimenta de luz,
abriu uma janela no meu peito
para que por ela possam entrar
o resplendor do orvalho
o fulgor das estrelas
e o invisível arco-íris do amor.

La vie a toujours été bonne avec moi.
Lorsque j'ai su que mon cœur
était chargé d'ombres
et qu'il ne se nourrissait que de lumière,
il a ouvert une fenêtre dans ma poitrine
pour que puisse entrer par elle
la splendeur de la rosée
la fulgurance des étoiles
et l'invisible arc-en-ciel de l'amour.

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Pierre Bonnard
L'atelier au mimosa (1946)
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Meditação do filho da floresta


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Meditação do filho da floresta
Méditation du fils de la forêt


O que em mim faz falta
— para inteiro me ser —
ficou onde não estive,
dentro do que não tive
antes já de nascer.
 
Estou sempre aquém
do que não sou. Cheguei
escasso de mim, vasilha
de argila inacabada.
Onde estiver, por mais
que eu todo me dê,
sempre incompleto estarei.
No que fizer, deixo
na mesma face do feito
a marca da mão que faz
e a da mão que não se fez.
Levo comigo uma fome
que, sem boca, me come.
 
A fome, contudo,
que mais o consome
é a que ele não tem,
da qual sequer sabe o nome.
Raiz viva e fruto podre
do seu próprio cativeiro,
é a falta dessa fome,
própria só do homem,
de sonhar e enxergar
o centro real do sonho
latejando no chão
que dói sob os pés.
A fome não tem
de comer a diferença
entre o ninguém que é
e o alguém que pode ser.
 
Os dentes do desamparo
mastigaram-lhe a vontade
de ver.
Os donos da servidão
cobriram-lhe os olhos
com escamas de cinza
e taparam-lhe a boca
com as sílabas ocas
da resignação.
 
Quem fala, não sabe
que de sua boca sai
a palavra falaz
dos que o enganam.
Por seu olhar enxerga
uma retina alheia
que o impede a seguir
um rumo de submissão.

Ce qui fait défaut en moi
– à l’entièreté de mon être –
reste là où jamais je ne fus,
dans ce que je n'avais pas
avant même que d'être né.

Toujours en deçà
de ce que je suis. J'arrive,
ébauche de moi-même, vase
d'une argile inachevée.
Cependant, où que ce soit
même en tout me donnant,
toujours je serais incomplet.
Dans ce que je fais, je laisse
sur le même visage de l'affaire
la marque de la main qui a fait
et celle de la main qui n'a rien fait.
Je prends avec moi une faim
qui, sans bouche, me dévore.

Cependant, la faim
qui le dévore le plus
est celle que lui n'a pas,
dont on ne sait pas même le nom.
Racine vivante et fruits pourris
de leur propre captivité,
est le défaut de cette faim,
seule propriété de l'homme,
qui est de rêver et de percevoir
le vrai centre du rêve
palpitant sur le sol
qui souffre sous ses pieds.
La faim n'a pas
à consommer la différence
entre l'un qui est
et l'autre qui peut être.

Les dents de l'impuissance
ont rongé son désir
de voir.
Les maîtres de la servitude
ont recouvert ses yeux
avec des écailles de cendre
et colmaté sa bouche
avec les syllabes creuses
de la résignation.

Celui qui parle, ne sait pas
que de sa bouche sort
les paroles fallacieuses
de ceux qui le trompent.
Par son regard, il perçoit
une teinte étrangère
qui l'empêche de suivre
les voies de la soumission.

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Jaider Esbell
Makuxi (2020)
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Sagrada alegria


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Sagrada alegria
Joie sacrée


Não me indago, muito menos
me respondo, sobre a vida
(se existe) depois da vida.
Não invejo (me comove)
a fé que funda a serena
certeza da eternidade.
Do que suceda no reino
que se inaugura na morte,
não me concerne. No mundo
dos homens, meu lindo chão,
quero ser capaz de amar,
mas não sonho galardão
que não seja o da alegria
do amor no meu coração.

Je ne m'interroge pas, encore
moins n'est de réponse, sur la vie
et l'après de la vie (s'il existe).
Je n'envie pas (elle m'émeut)
la foi qui édifie la sereine
certitude de l'éternité.
Ce qui arrive sous le règne
qui s'inaugure dans la mort,
ne me concerne pas. Au monde
des hommes, mon beau pays,
je veux être capable d'aimer,
je ne rêve pas d'une autre gloire
que celle donnée par la joie
de l'amour dans mon cœur.

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Heitor dos Prazeres
Samba no terreiro (1957)
...

O tempo dentro do espelho


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O tempo dentro do espelho
Le temps dans le miroir


O tempo não existe, meu amor
O tempo é nada mais que uma invenção
de quem tem medo de ficar eterno.
De quem não sabe que nada se acaba,
que tudo o que se vive permanece
cinza de amor ardendo na memória.
O tempo passa? Ai, quem me dera! O tempo
fica dentro de mim, cantando fica
ou me queimando, mas sou eu quem canto
eu que me queimo, o tempo nada faz
sem mim que lhe permito a minha vida.
De mim depende, sou sua matéria,
esterco e flor do chão da minha mente,
o tempo é o meu pecado original.

Le temps n'existe pas, mon amour
Le temps n'est rien d'autre qu'une invention
de ceux qui ont peur d'être éternels.
De ceux qui ne savent pas que rien ne se termine,
que tout ce qui a été vécu demeure
cendre d'amour brûlant dans la mémoire.
Le temps passe-t-il ? Ah, comme j'aimerais ! Le temps
persiste en moi, chantant il reste
me brûlant il reste, mais c'est moi qui chante
Moi qui brûle, le temps ne fait rien
sans moi, sans que ma vie lui permette.
Cela dépend de moi, je suis sa matière
fleur et fumier au champ de mon esprit,
Le temps est mon péché originel.

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Pieter Christoffel Wonder
Temps (1810)
...

O silêncio da floresta


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O silêncio da floresta
Le silence de la forêt


Tem consistência física,
espessamente doce,
o silêncio noturno da floresta.
Não é como o do vento e vastidão,
cujos dentes de neve
morderam a minha solidão.
Nem como o silêncio aterrador
(no seu âmago o tempo brilha imóvel)
do deserto chileno de Atacama,
onde, um entardecer,
estirado entre areia e pedras,
escutei cheio de assombro
o latir do meu próprio coração.

O silêncio da floresta é sonoro:
os cânticos dos pássaros da noite
fazem parte dele, nascem dele,
são a sua voz aconchegante.

Sozinho no centro da noite amazônica,
escuto o poder mágico do silêncio,
agora quando os pássaros
conversam com as estrelas,
e recito silenciosamente
o nome lindo da mulher que eu amo.

Il a une consistance physique,
épaisse et douce,
le silence nocturne de la forêt.
Ce n'est pas celui du vent et des hauteurs,
dont les dents de neige
ont mordu ma solitude.
Ni le silence épouvantable
(en son cœur, brille le temps immobile)
du désert chilien d'Atacama
où, un soir,
étiré entre sable et pierres,
j'écoutais empli d'étonnement
l'aboiement de mon propre cœur.

Le silence de la forêt est sonore :
dans la nuit, les chants d'oiseaux
en font partie, ils naissent en lui,
ils sont sa voix réconfortante.

Seul au centre de la nuit amazonienne
j'écoute maintenant le pouvoir magique
du silence, lorsque les oiseaux
conversent avec les étoiles,
et silencieusement récitent
le beau nom de la femme que j'aime.

________________

Hernan Salamanco
Amazonie (2019)
...

Num campo de margaridas


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Num campo de margaridas
Dans un champ de marguerites


Sonhei que estavas dormindo
num campo de margaridas
sonhando que me chamavas,
que me chamavas baixinho
para me deitar contigo
num campo de margaridas.
No sonho ouvia o meu nome
nascendo como uma estrela,
como um pássaro cantando.

Mas eu não fui, meu amor,
que pena!, mas não podia,
porque eu estava dormindo
num campo de margaridas
sonhando que te chamava
que te chamava baixinho
e que em meu sonho chegavas,
que te deitavas comigo
e me abraçavas macia
num campo de margaridas.

J'ai rêvé que tu étais endormie
dans un champ de marguerites,
rêvant que tu m'appelais, que
tu m'appelais doucement pour
que je me couche auprès de toi
dans le champ de marguerites.
J'entendis dans ce rêve mon nom
qui naissait comme une étoile,
comme un oiseau chantant.

Mais rien ne se fit, mon amour
quel dommage ! Rien ne se fit,
parce que je dormais
dans un champ de marguerites,
rêvant que je t'appelais
que je t'appelais doucement
et dans mon rêve tu venais
te coucher auprès de moi
et tendrement tu m'étreignais
dans le champ de marguerites.

________________

Gustave Caillebotte
La sieste (1877)
...

Sonho domado


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Sonho domado
Rêve apprivoisé


Sei que é preciso sonhar.

Campo sem orvalho, seca
A frente de quem não sonha.

Quem não sonha o azul do voo
perde seu poder de pássaro.

A realidade da relva
cresce em sonho no sereno
para não ser relva apenas,
mas a relva que se sonha.

Não vinga o sonho da folha
se não crescer incrustado
no sonho que se fez árvore.

Sonhar, mas sem deixar nunca
que o sol do sonho se arraste
pelas campinas do vento.

É sonhar, mas cavalgando
o sonho e inventando o chão
para o sonho florescer.

Sais-tu le besoin de rêver.

Feuillage sans rosée, sec
est le front de qui n'a pas de rêves.

Qui n'a pas rêvé l'azur du vol
perd son pouvoir d'oiseau.

Sereine, la réalité de l'herbe
grandit dans le rêve
pour n'être pas, herbe seulement,
mais herbe dont on rêve.

Ne punis pas le rêve de la feuille
qui ne peut grandir incrustée
dans le rêve qui se fait arbre.

Rêver, mais sans laisser jamais
le soleil du rêve se traîner
à travers les campagnes du vent.

Être, rêver, mais chevaucher
le rêve, mais inventer le champ
afin que le rêve fleurisse.

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Felice Casorati
Le rêve de la grenade (1912)
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Não aprendo a lição


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Não aprendo a lição
Je ne retiens pas la leçon


A lição de conviver,
senão de sobreviver
no mundo feroz dos homens,
me ensina que não convém
permitir que o tempo injusto
e a vida iníqua me impeçam
de dormir tranquilamente.
Pois sucede que não durmo.

Frente à verdade ferida
pelos guardiães da injustiça,
ao escárnio da opulência
e o poderio dourado
cujo esplendor se alimenta
da fome dos humilhados,
o melhor é acostumar-se,
o mundo foi sempre assim.
Contudo, não me acostumo.

A lição persiste sábia:
convém cabeça, cuidado,
que as engrenagens esmagam
o sonho que não se submete.
E que a razão prevaleça
vigilante e não conceda
espaços para a emoção.
Perante a vida ofendida
não vale a indignação.
Complexas são as causas
do desamparo do povo.
Mas não aprendo a lição.
Concedo que me comovo.

La leçon du vivre ensemble,
si ce n'est du survivre
dans le monde féroce des hommes,
m'enseigne qu'il ne convient pas
de laisser le temps injuste
et la vie inique m'empêcher
de dormir tranquillement.
Car il se trouve que je ne dors pas.

Face à la vérité blessée
par les gardiens de l'injustice,
les railleries de l'opulence
et le pouvoir doré
dont la splendeur se nourrit
de la faim des humiliés,
le mieux est de s'y accoutumer,
le monde a toujours été ainsi.
Cependant, je ne m'y accoutume pas.

Cette leçon reste prudente :
Tête, attention, tu dois convenir
que les engrenages pressurent
le rêve qui ne se soumet pas.
Et que prévaut la raison
vigilante qui ne concède
aucun espace à l'émotion.
Devant la vie offensée,
l'indignation ne vaut pas.
Les causes sont complexes
de l'abandon du peuple.
Mais je ne retiens pas la leçon.
Je concède qu'elle puisse m'émouvoir.

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Tacuinum sanitatis
Insomnie (sec. XIV)
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