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Fado-Canção
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Chanson-Fado
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Medito o meu fado estranho:
Canto, e sei lá por que canto? Canto, porque nada tenho Melhor que o dom de cantar... E canto, por me animar Contra o silêncio, o vazio Da minha vida frustrada E o frio Que anda em meu ser, − Como quem, noite fechada, Passando na encruzilhada, Por escorraçar o medo Levanta a voz a tremer... Ao fundo da melodia Que até parece que fala, − A trágica estátua cala. Mas doce é o ritmo que embala, Doce a rima que alicia... E eu canto, pois me alivia Ouvir-me a mim próprio, embora A estátua como em granito Seus olhos só longe fite, E erga um dedo, Que demora, À boca absorta no grito Que não permite Que grite... E eu canto, porque desisto De que o meu canto me exprima! Quem me ouvira mais do que isto, − Jogos de ritmo e rima...? Sei que lá em baixo, Lá em cima, Sofro só, pairo calado. Mas canto, para deixar Um eco vibrar no ar Do fútil som de embalar Que o mundo que dorme estima... Ai, coisas que raros sabem, Mas que eu sei..., Profundamente! Os próprios raros que as sabem, É como quem as não sente. E eu canto-as, e é evidente Que ninguém as reconhece No tom que lhes dou, alheio. Não consigo estar no meio Nem mesmo quando parece Que, fugido ao meu recanto, Me achei entre a minha gente... Por demais sei isto, sei-o!, Muito mais do que isto..., − e canto. Sim, canto, Que é o meu destino, Mas como grita um menino Que se agarrara à sacada Duma casa incendiada Em que ficara esquecido... A praça, em baixo, é deserta, O céu, lá em cima, escondido, A noite longa encoberta, A sacada a grande altura, As escadas cinza e pó, O frágil solho a ruir, − E o grito de angustia, só Feriu eco a tal lonjura Que ninguém vem acudir! E eu sei que não vem Ninguém, À solidão de que morro, Prestar a mão de socorro, Trocar o olhar de ternura Que me salvara do espanto. Mas, quanto melhor o sei, Mais creio, melhor crerei Nesse eco a essa lonjura..., E mais e melhor eu canto! |
Je médite sur mon étrange destin :
Je chante et ne sais pas pourquoi ? Je chante, parce que je n'ai rien De mieux que ce don de chanter... Et je chante, pour me raffermir Contre le silence, le vide De ma vie frustrée Et le froid Qui est dans mon être, − Pareil à quelqu'un, qui la nuit Tombée, traverse le carrefour, Et pour chasser sa peur, Élève la voix jusqu'à trembler... Au fond de la mélodie Qui semble être une parole, − La tragique statue se tait. Mais doux est le rythme qui berce, Doux est la rime qui séduit... Et je chante, car je me guéris D'entendre ma propre voix, même si La statue, comme le granit, Regarde fixement au loin, Et lève un doigt, Qu'elle met devant Sa bouche, absorbée par le cri Qui ne tolère pas Que je crie... Et je chante, car je ne veux pas Renoncer à ce que mon chant m'exprime ! Sinon qui voudrait m'écouter, − Jeux de rythme et de rimes... ? Je sais que là, en-bas, Là, en-haut, Dans le tirant d'air, je souffre seul, Mais je chante, afin de laisser Vibrer un écho dans l'air De ce futile balancement Que chérit le monde endormi... Ah, choses que peu connaissent, Mais que je sais..., Profondément! Les très rares qui les savent Ne semblent pas les éprouver. Et je les chante, et il est clair Que personne ne les reconnaît Par le ton que je leur donne, étranger. Je ne peux pas rester parmi eux, Même lorsqu'il peut sembler Que, fuyant de mon refuge, Je me retrouve parmi les miens... Je le sais trop, je le sais bien !, Je le sais d'autant plus..., − et je chante. Oui, je chante, C'est là mon destin, Mais comme crierait un enfant Agrippé au balcon D'une maison incendiée Dans laquelle on l'aurait oublié... La place en bas est déserte, Le ciel au-dessus se dissimule, La nuit est couverte pour longtemps, Le balcon est très haut perché, Les escaliers sont gris et poussiéreux, Le toit fragile en ruines, − Et ce cri d'angoisse, seul écho D'une blessure, arrive de tels confins Que personne ne vient en aide ! Et je le sais, il ne viendra Personne, Dans la solitude où je meurs, Pour me donner un coup de main, Et échanger ce regard de tendresse qui me sauverait de l'épouvante. Mais, d'autant mieux que je le sais, Et plus je crois, non, plus je croirai À cet écho venu de tels confins..., Et plus, et mieux, je chanterai ! |
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Robert Delaunay Drame politique (1914) |
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