Desfloramento


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Adolfo Casais Monteiro »»
 
Sempre e Sem Fim (1937) »»
 
Italien »»
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Desfloramento
Défloration


A Manuela Porto

Venho das noites escuras
e aprendi a ver nas trevas
e a ler nas trevas.
Venho das noites escuras
e sei o grande soluço das sombras
e os cânticos impotentes dos peregrinos.
Venho das noites escuras
daí o meu amor imenso pela luz!
Quanto mais treva era a treva
melhor eu aprendia a amar a luz do sol
e dos meus olhos sempre mais e mais abertos
a luz interior irradiando aniquilava as sombras...

E sendo sempre noite já a pouco e pouco era mais manhã.
E cada vez mais enorme e definitiva a manhã subia
apesar da treva apesar do silêncio apesar de tudo!
O negrume da noite era uma incandescência prenhe.

A flor romântica das trevas desfolhou-se-me nos dedos.
E então nasci.
E então vi que estava nu
e alegrei-me por estar nu
enfim!
Sorvi os frutos da terra
e já não me souberam a papel impresso!
Sacudi a poeira do que me tinham ensinado
e comecei então a saber.

Sob as palavras surgiu enfim a voz
e a canção ardente da vida já não encontrou algodão
nos meus ouvidos.

ah! só quem vem das trevas e das noites escuras
pode amar assim o imenso mundo do sol!

A Manuela Porto

Je viens des nuits obscures
et j'ai appris à voir dans les ténèbres
et à lire dans les ténèbres.
Je viens des nuits obscures
et je connais le grand hoquet des ombres
et les cantiques impuissants des pèlerins.
Je viens des nuits obscures
de là vient mon amour immense pour la lumière !
Plus l'obscurité était obscure
mieux j'apprenais à aimer la lumière du soleil
et de mes yeux toujours plus ouverts
rayonnante la lumière intérieure annihilait les ombres...

C'était toujours la nuit, et peu à peu, c'était déjà le matin.
Et chaque fois plus énorme et définitive l'aube grandissait
malgré l'obscurité malgré le silence en dépit de tout !
Et de cette incandescence la noirceur de la nuit était grosse.

La fleur romantique des ténèbres s'est défoliée entre mes doigts.
Et soudain je suis né.
Et puis j'ai vu que j'étais nu
et je me suis réjoui d'être enfin
nu !
J'ai absorbé les fruits de la terre
qui ne me donnaient plus que le saveur du papier imprimé !
J'ai secoué la poussière de ce qu'ils m'avaient enseigné
et j'ai commencé à savoir.

Sous les mots surgissait enfin la voix
et l'ardente chanson de la vie ne rencontrait plus de coton
dans mes oreilles.

ah ! seuls ceux qui viennent des ténèbres et des nuits obscures
peuvent aimer ainsi le monde immense du soleil !

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Anselm Kiefer
Cap Nord (1975)
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